Fleur de Passion, un bateau « très marin fait pour toutes les mers du monde »
Témoignage de Sébastien Schwarz, co-skipper lors de la traversée Port Saint-Louis-Barcelone-Marseille, du 29 septembre au 16 octobre 2008, pendant laquelle le voilier a participé à Sailing to Barcelona, un rassemblement de voiliers d’expédition organisé en marge du Congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dans la ville catalane. Il s’agissait de la première réalisée par le voilier depuis le début de sa restauration en janvier 2003 ; l’occasion d’apprécier ses qualités marines et son comportement prometteur dans une mer aussi particulière que la Méditerranée.
« Lors de la traversée entre Port Saint-Louis et Barcelone, nous avons dû affronter un Mistral précoce, que l’on attendait seulement douze heures plus tard… Ces conditions météorologiques, avec un vent allant jusqu’à 35 nœuds établis et quelques rafales, nous ont permis de vérifier que le bateau était très marin, c'est-à-dire surprenant dans sa façon de prendre la mer à l’étrave.
Dans une mer désorganisée
Il fend bien la vague et résiste très bien au chaos d’une mer désorganisée comme la Méditerranée, où les vagues arrivent parfois de trois directions différentes. Fleur de Passion tient fidèlement son cap et sans broncher. Il faut dire qu’il a été construit spécialement pour la Mer baltique, donc pour une mer fermée où la proximité des côtes répercute la vague dans des directions différentes, ce qui est aussi le cas de la Méditerranée (formation de vagues à trois faces dites « pyramidales »).
La protection du pont dans la mer formée est assurée par un pavois très haut et très robuste, notamment sur son étrave. Seulement trois vagues sont venues nous chatouiller les moustaches par le travers. A aucun moment une vague ne s’est écrasée sur l’avant du pont. On caractérisera donc ce bateau de navire très défendu à la mer, ce qui nous conforte dans l’idée q u’il est un bateau capable de naviguer sur toutes les mers du monde.
Grâce à son poids et sa ligne très marine, Fleur de Passion est capable de conserver une vitesse de croisière très honorable à la voile, même par petit temps. Sur le trajet de retour, pour exemple, entre Cadaquès et Marseille, nous avons eu pendant toute la nuit un vent au 150° (3/4 arrière) très timide qui oscillait entre 7 et 12 nœuds. Dans ces conditions, Fleur de Passion, toutes voiles dehors et sans moteur, glissait sur le fil de l’eau scintillante dans le clair de lune avec une allure de vaisseau furtif faisant des pointes à 4,5 nœuds et une moyenne à 3,6 noeuds, soit à près de 35% de la vitesse réelle du vent.
1er record de vitesse
Lors de la parade de Sailing to Barcelona, le 5 octobre au large de Barcelone, nous avons rencontré en début d’après-midi un vent thermique qui est monté jusqu’à 30 nœuds, soit un force 6 établi, ce qui nous à permis d’officialiser le premier record de vitesse de Fleur de Passion depuis sa restauration à près de 6,5 nœuds et tout cela avec en guise de grand voile une « voile écran » de parade perforée pas destinée à la navigation… Cette performance prometteuse nous à également permis de constater que nous remontions à près de 60° du vent. Une double performance donc pour un bateau de ce genre et qui a déjà 65 ans !!
Course avec des rorquals
Egalement entre Barcelone et Marseille, nous avons fait notre première rencontre avec des baleines. Cette rencontre étonnante, agrémentée par la présence à bord d’une colombe pendant la moitié du trajet retour, a conforté nos intuitions sur le fait que « Fleur » est un véritable ambassadeur de la mer, capable même de susciter chez ces trois spécimens de rorquals communs de Méditerranée de quelque quarante tonnes un attrait pour la course… à plus de 6 nœuds, moins de 50 mètres d’écart du bateau et pendant plus d’une demie heure!! »
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